Il est 20h30, toujours rien. Pas la moindre image, de la neige cathodique seulement sur le petit écran. Télé Tolbiac (XIII°), une toute nouvelle télévision de quartier, non autorisée et totalement ignorée par le CSA a du mal à prendre possession du canal 36. Tout est prêt pourtant.
Navarro, le bricoleur de service, également créateur de Télé Plaisance, une autre télévision locale du XIV° arrondissement, n’a rien négligé. Une antenne posée discrètement sur le toit de l’immeuble, un émetteur suffisament puissant pour couvrir une bonne partie du XIII° arrondissement, une petite fête entre amis pour cet événement médiatique, ce piratage a en effet été minutieusement préparé. “Ne vous inquiétez pas. Il manque seulement un retour d’image. Pas de panique, ce n’est pas une escroquerie médiatique lance Navarro à la foule qui trépigne d’impatience.
Une heure plus tard, miracle ! Enfin une image. Cris de joie dans l’assistance, le vin se met à couler à flots. Et grâce à une caméra posée au milieu du salon, les fêtards passent en direct à la télé faisant partager à des milliers de foyers cette fièvre du samedi soir. “Ici, c’est la bonne humeur. Avec Télé Tolbiac on montre aux autorités que l’on peut faire quelquechose avec peu de moyens, que faire de la télé c’est en fait très simple” s’enthousiasme Rico, qui accueille chez lui les pirates des ondes.
“Au début des années 80, avec la création des radios libres, il y avait ce même genre d’ambiance bon enfant. Personne n’y croyait. Regardez aujourd’hui ce qui s’est passé. La bande FM est complètement saturée, les radios libres ont explosé. On devrait bientot vivre la même aventure avec les télévisions de quartier” explique le jeune homme qui a justement participé au lancement d’une radio libre il y a quelques années. C’est d’ailleurs pour attirer l’attention des pouvoirs publics sur ce nouveau phénomène qu’une Coordination des Médias Libres a été créée avec, comme première action, le 14 juillet,le piratage de 6 canaux inexploités.
En fin de soirée, Télé Tolbiac proposait aux téléspectateurs des images du dernier Nouvel An chinois dans le XIII° arrondissement. Comme quelques foyers, des membres du CSA avaient certainement les yeux rivés au petit écran.
Grégoire Queinnec