Une dizaine de candidats attendent un éventuel appel d’offres du CSA pour une chaine locale sur la région parisienne. Deux télévisions associatives défient les grands projets commerciaux et s’apprêtent à émettre clandestinement dans l’est de la capitale.
Le projet d’une télévision locale sur la région parisienne n’intéresse pas seulement les grands groupes. D’autres, comme Ondes Sans Frontières (OSF) et Télé Bocal se préparent à émettre, de manière pirate, dans les prochains jours. Ces associations se situent délibérement hors du conformisme télévisuel. Mélanges de militants, de bénévoles et de professionnels à la recherche d’un autre mode d’écriture que celui des grandes télévisions, ces équipes ont commencé à roder leurs projets éditoriaux.
OSF a déjà bénéficié de deux autorisations temporaires délivrées par le CSA. La dernière s’est achevée le 31 mars, après une période de six mois. Ces pionniers étaient installés dans une tour délabrée de la rue d’Avron, dans le 20° arrondissement, “réquisitionnée” à l’initiative de Droit Au Logement (DAL) en décembre 1997, qu’ils ont quitté depuis. Entre trente et quarante personnes, auxquelles s’adjoignaient parfois d’autres, y fabriquaient six à sept heures de programmes quotidiens, principalement destinés aux habitants des quartiers de l’Est parisien et de la banlieue voisine.
Proches d’organisations comme DAL, Agir ensemble contre le chomage (AC !), la Fédération syndicale unitaire (FSU) ou Droits Devants !!, les responsables d’OSF ont privilégié la diffusion de débats thématiques ; ensuite, ils ont produit des émissions plus élaborées sur la musique hi^p-hop, la poésie ou la question du chomage. Pour les responsables d’OSF, organiser un débat sur l’Accord multilatéral sur l’investissement (AMI) lors du Salon du Livre et la Jeunesse de Montreuil relève de l’information de proximité. A l’occasion de la préparation de ces émissions, les responsables d’OSF prétendent avoir initié quelque 90 personnes - des jeunes pour la plupart - aux métiers de la télévision.
Diffusion dans les bars. Installée, elle aussi dans l’Est parisien, Télé Bocal est née en mai 1995. Pour l’instant elle produit des cassettes d’une durée d’une heure qui sont diffusées une fois par mois, le soir, dans 35 cafés et bars parisiens situés dans le Nord et l’Est parisiens. Ils acquittent une sorte d’abonnement de 500 francs pour ainsi recevoir un public estimé de 6000 à 7000 consommateurs-téléspectateurs.
Les 30 personnes, dont 9 emplois-jeunes, qui travaillent pour cette association se rpéartissent dans les 750 mètres carrés d’une vieille usine désaffectée, dans une impasse du 20° arrondissement. Des escaliers brinquebalants mènent à des salles de montage équipées d’un matériel moderne. Devant son écran, Axel travaille sur les images de l’interview d’un passant sur la vidéosurveillance.
Les “micro-trottoirs” représentent une part impoprtante des programmes. D’ailleurs, dans les rues alentours, les collaborateurs de la station déambulent, caméra sur l’épaule,et interrogent les habitants sur ce qu’ils estiment être les problèmes de ces quartiers, mais aussi sur leurs voeux pour 1999, les hommes politiques, le pape, etc... Télé Bocal fait aussi une large place à la “couverture” des manifestations contre le chomage, pour les sans-papiers, etc... ainsi qu’aux réunions des conseils de quartier mis en place par Michel Charzat, maire (PS) du 20° arrondissement. Cezs programmes sont émaillés de sketches, mini-fictions, émissions consacrées à de “nouveaux talents”. “Les modules sont volontairement de courte durée pour que les gens n’aient pas le temps de s’ennuyer. On veut être accessible au grand nombre et permettre aux gens de commenter les émissions” explique Richard Sauvet, responsable de Télé Bocal.
Multiplier des médias libres Ces associations espéraient que le projet de loi sur l’audiovisuel prévoieraient pour les télévisions un système comparable à celui qui existe pour les radios : c’est à dire que des fréquences soient réservées au mouvement associatif. “Il faut savoir si nous voulons un paysage télévisuel qui ressemble à celui de l’Italie des années 80, dominé par les télévisions commerciales avec clips, publicité et films pornographiques,ou s’il y aura la place pour une télévision citoyenne qui soit un outil de transmission de savoirs” interpelle Philippe Arnould, un des responsables d’OSF. Avec d’autres organisateurs, notamment la Confédération nationale des radios ,libres (CNRL), OSF participera samedi 8 mai au premier forum des médias libres, destiné à réfléchir aux opportunités qu’ofrent les nouvelles technologies. Selon les organisateurs : “Dans l’écrit, sur les ondes hertziennes (radio, télé), sur l’internet, des initiatives se multiplient pour créer des médias libres, libres de toute dépendance politique, libres de toute mainmise financière, libres de toute complicité avec le consumérisme.”
Françoise Chirot